Synopsis

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Gian et son frère Nils, deux indiens Shipibos de 14 et 15 ans, vivent avec leur famille dans une communauté amazonienne de 2000 habitants située à mi-chemin entre la ville et la forêt. Le village de San Francisco, ainsi baptisé par les premiers missionnaires, vit aujourd’hui sous l’influence de l’économie et des technologies modernes, qui gagnent du terrain. Pour les adolescents Shipibos, les écrans de téléphones portables et d’ordinateurs en viennent alors à cacher la forêt et ses savoirs ancestraux. Ce qui ne manque pas de creuser l’écart entre les générations… Les plus âgés regrettent de voir leur culture disparaître, délaissée par des jeunes qui, eux, rêvent d’ailleurs et s’en soucient peu. Certains, tels que Gian, préfèrent même les paroles des prêtres à celles des anciens.

Quand les deux frères annoncent à leurs parents qu’ils voudraient partir en voyage à Lima, la capitale aux mille promesses, les inquiétudes se révèlent. Mais Leonardo et Clotilde, souhaitant que leurs fils se confrontent à la réalité, acceptent à condition qu’ils gagnent eux-mêmes l’argent pour partir. Ils se tournent alors vers leur grand-père Julio, qui les fait travailler dans les champs. L’écart générationnel n’en est que plus flagrant : tandis que les jeunes se préoccupent davantage de leurs styles que de leur terre, les anciens parlent du temps d’avant, quand les poissons abondaient et que les chamanes dialoguaient véritablement avec les esprits de la forêt. Maximo, l’arrière grand-oncle, qui a passé sa vie avec les plantes pour mener des rituels de guérison, est un des derniers témoins directs de ce monde révolu. Et c’est vers lui que Leonardo et Clotilde se tournent, quand ils peinent à garder confiance pour l’avenir de leur culture et celui de leurs enfants…

Le jour du départ arrive : après les dernières recommandations du père sur le port, les deux frères s’embarquent finalement pour Lima et le quartier de Cantagallo, où se regroupent les Shipibos partis chercher une autre vie dans la capitale. Le choc est immédiat : les garçons découvrent un bidonville insalubre et surpeuplé, bordé d’une autoroute et d’une rivière asséchée. Mais là, entre les murs de bric et de broc, la boue qui recouvre le sol et les nuages de pollution, une série de rencontres vont permettre aux villageois de voir par-delà l’hostilité de la ville. David, ancien gamin des rues qui peint aujourd’hui pour nourrir sa famille, Eric, ouvrier couturier mais aussi rappeur révolté, Marwin, futur étudiant rêvant de défendre son peuple : tous ces jeunes Shipibos transportent avec eux un univers riche d’enseignements pour les deux adolescents, qu’ils emportent tour à tour sous leurs ailes…

Cette plongée au cœur de la ville et de ses combats quotidiens aura laissé plus d’interrogations que de réponses derrière elle : pour Nils et Gian, le retour au village est le temps des doutes, qu’ils confient timidement à leurs parents. Quelle est leur place dans le monde moderne ? Comment peuvent-ils s’y frayer un chemin, vers des rêves qui leur semblent désormais plus lointains ? Enjoints à consulter les anciens, les deux frères conversent d’abord avec Maximo, qui les éveille à la richesse des savoirs de leur propre culture. Une graine éclot alors progressivement dans leurs esprits, et même pour Gian, attaché au message de l’église, une transformation profonde s’opère : les traditions de la forêt ne recèleraient-elles pas, elles aussi, des ressources pour cheminer dans le monde moderne ? Ce questionnement les mènera jusqu’au lac sacré de Cumancaya, en Amazonie profonde, où leur père leur fera partager sa connaissance de la nature et de la cosmogonie de leur peuple. Quand ils reviendront au village, cette fois-ci, ils seront alors prêts à être initiés aux mystères du monde invisible des Shipibos…